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Violence en Corse : éduquons les médias !

29 décembre 2015

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Dessin article corse 1Il est souvent regrettable que la Corse soit pointée du doigt, ce mauvais élève de la République…à l’instar de cet enfant qui en classe, ne chahutant pas plus que les autres, se retrouve souvent au banc des accusés. La Corse arrive sans cesse en Une des médias, comme cette goutte qui fait déborder le vase. Anatole France disait « la justice est la sanction des injustices établies ». Alors, n’y a-t-il pas une injustice évidente à toujours voir la Corse comme « la pire du pire » ?


L’emballement médiatique oublie, comme toujours hélas, le goût de la mesure. Ainsi, monsieur tout le monde peut nourrir ses fantasmes, ses préjugés, sans remise en question puisque le nouveau Dieu cathodique l’a dit! « Arabi fora », c’est inscrit (sur la pierre pourrait-on dire) ! Il serait temps d’éduquer sérieusement les médias au traitement de l’information. Traitement ne veut pas dire « jeter » des informations…trois petits tours et puis s’en vont ! Cela veut dire donner ET conduire l’information. Comparer et analyser des données, afin de mieux faire écouter (c’est-à-dire entendre et comprendre) cette information. Des chercheurs travaillent sans relâche, dans l’espoir d’alimenter une meilleure compréhension des choses, ici des faits sociaux. Alors pourquoi ne pas utiliser ces données. Nous pourrions citer ici les travaux de Liza Terrazzoni[1]. Il est vrai qu’il est plus simple de dénoncer un fait sur la base de préjugés collectivement partagés, que de le confronter à l’aune de données construites méthodiquement. Hélas, au final cela risque de ne pas grandir le journalisme ! Belle profession qui doit jouer son rôle d’éducation et lenouveauprof invite les médias à une réelle prise de conscience. Il y a certes une dimension éthique, mais il faut l’entendre à double sens. Un sens vu par le caractère prégnant que suppose le métier de journaliste : diffuser l’information. Puis un second sens, au regard de l’histoire et du rôle éducatif de masse que recouvre cette diffusion de l’information : éduquer par et grâce à l’information.

Réfléchissons un instant, quelle ville, quel coin du territoire national, ne se retrouve pas tagué de propos racistes, xénophobes, homophobes ? Pour autant, quand cela se passe en Auvergne, en Alsace ou à Paris, nous ne concluons pas au supposé racisme de la population auvergnate, alsacienne ou parisienne. N’est ce pas ici un problème (hélas presque banalisé) qui secoue la République depuis toujours ? Ces trente dernières années, et l’aggravation des problèmes économiques, ne sommes nous pas les spectateurs impuissants d’une montée du racisme en France, en Europe ? N’y a-t-il pas, derrière l’abandon de l’Etat, certaines populations en souffrance suite à un déclassement culturel et social (Bourdieu 1979)[2], une disqualification sociale (Thin 1998)[3], un oubli du partage des richesses économiques (Le Monde 08-01-2009), ou encore des partis politiques qui jouent de la peur et de la haine des autres. N’est ce pas là la réalité du problème ? Ne doit-on pas voir des « hommes et des femmes » en souffrance, et non  une « corse raciste » ! Dessin article corse 2

Alors oui, dénonçons tout ça, et tant pis pour la Corse ! Le quartier de l’Empereur n’est pas une zone de « non-droit », juste un quartier socialement défavorisé et qu’importe si certaines villes du continent ont de « vraies » zones de « non-droit ». Dénonçons le caillassage des pompiers, acte qui doit être impérativement puni par la loi sans préoccupation de couleur de peau, de religion, ou de localisation régionale, et tant pis si là aussi Paris, Marseille, en sont les championnes ! Des milices s’organisent contre les migrants dans le Nord, pour autant cela fait il de « tous » les gens du Nord des racistes ? Quand des mosquées ont été brûlées et vandalisées après les attentats du 13 novembre, les lieux où cela se passait n’ont pas vécu l’amalgame entre : acte identifié comme raciste et toute une population régionale identifiée comme raciste. D’ailleurs, comme le dit Terrazzoni[4], après le 13 novembre aucun incident raciste n’est à déplorer en Corse. Pourtant, chers journalistes, il s’agit bien d’amalgames de votre part ou, et là est le pire, d’un manque de volonté à vouloir éduquer. C’est pourquoi, lenouveauprof vous interpelle et vous demande, au non de la responsabilité éducative que nous partageons, plus de lucidité pour plus de mesure. Evitez de pointer du doigt la Corse et avec elle toute sa population, qui ne peut se résumer qu’à une « Corse raciste » ! Une autre question peut être posée : pourquoi ne pas avoir parlé, simultanément ou en parallèle, des gens (des corses !) qui ont proposé spontanément leur aide pour les réparations de la mosquée ?

Merci à tous de lire : http://www.francetvinfo.fr/faits-divers/incidents-a-ajaccio/racisme-il-existe-une-specificite-corse-sur-la-forme-pas-sur-le-fond_1242644.html

Dominique Moreno (Dumè)


[1] « Migrations et recompositions des liens sociaux parentaux : le cas des Corso-Maghrébins », in C. De Gourcy, F. Arena et Y. Kniebielher (dir.), Familles en mouvement. Migrations et parentalité en Méditerranée, Presses Universitaires de Provence, coll. Penser le genre, 2013, p. 87-98.

[2] P. Bourdieu, « La distinction », les Ed. de Minuit, 1979.

[3] D. Thin, « Quartiers populaires, l’école et les familles », Presses Universitaires de Lyon, 1998.

[4] Francetvinfo ; article du 28.12.2015

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