Surtout, ne pas bouger ! PISA : une mesure de l’immobilisme(1).

13 décembre 2016

A la une!

PISA, décembre 2016, vient de publier sa dernière enquête, effectuée en 2015, sur le niveau des élèves parmi tous les pays de l’OCDE. La France, une fois de plus, affiche des scores en sciences considérés comme « mauvais », au regard de la moyenne des pays de l’OCDE (France 495 en mathématiques et OCDE 493 ; France 499 en compréhension de textes et 493 pour l’OCDE)[1]. Maintenant, et pour les trois ans à venir, professionnels, experts, chercheurs, du monde de l’éducation français vont s’emparer de ces résultats et les commenter. Comme une éternelle litanie, cela a commencé depuis ces quelques heures, dès la publication des résultats de l’enquête, les commentaires accablant le niveau des élèves se sont installés.

En 1989, Christian Baudelot et Roger Establet écrivaient « Le niveau monte »[2]. Cet ouvrage tente de comprendre ce que les enseignants semblent toujours vouloir critiquer par « le niveau des élèves ». Cette critique est essentiellement négative et ne souffre d’aucune remise en cause. Ainsi, au dessus des différents niveaux (niveau en orthographe, niveau en mathématiques, etc…) il y aurait le Niveau, avec un grand « N », principalement attaqué, pointé du doigt et qui, aux yeux des enseignants, est en baisse constante et ne monte jamais. Pourtant, comme s’en étonnentBaudelot et Establet, nous (notre système) formons toujours de plus en plus d’ingénieurs et de chercheurs !

Alors, formerions-nous des incapables ? Si tel est le cas il est important de se demander « A quoi sert de scolariser à si grands frais une fraction substantielle [tous ces jeunes] de la population qui semble n’en retirer aucun bénéfice » (Baudelot et Establet, 1989, p.40) ? Obnubilés par notre souci du rendement, de la culture des résultats, nous en oublions les questions essentielles et nous concentrons nos regards sur ce que notre société occidentale considère comme des disciplines prestigieuses : les sciences…voire plus particulièrement les mathématiques. De plus, les résultats dans ces disciplines sont associés à une réussite scolaire des élèves, tout au moins elle n’en apparaît que plus réussie, si le niveau de l’élève en mathématiques est jugé « bon ». Nous savons, comme nous le rappellent Baudelot et Establet, que les sciences, plus particulièrement les mathématiques, sont les disciplines scolaires les mieux considérées « C’est un trait commun des pays occidentaux depuis le XIXè siècle que de valoriser progressivement les sciences exactes et notamment les mathématiques » (Id p. 103). Il s’agit là d’un choix de société, privilégiant ce que Martha Nussbaum[3] appelle « education for profit » en opposition à une « education for democracy ». Un choix qui met en avant le souci de compétition économique, de concurrence, quitte à écraser ou déclasser son voisin. Certes, les beaux discours de premier plan se parent de jolis mots (égalité, fraternité, respect,…), mais qu’en est-il dans la réalité quand notre système éduque et encourage à plus, toujours plus, de compétition ? Une autre éducation, un autre modèle éducatif est-il possible ?

Il n’est pas question ici de dénigrer cet esprit de compétition qui peut transporter et élever l’individu dans une quête personnelle, mais juste de rappeler que cette compétition est choix personnel et non collectif. Nos sociétés semblent avoir le souci de la formation du citoyen, d’une recherche de plus d’égalité. Nos sociétés veulent édifier l’Homme réflexif, au sens d’un citoyen éclairé dans sa relation à la démocratie. Or, rien dans nos programmes scolaires, nos évaluations nationales et internationales, questionne le souci du bien être à l’école. La place accordée aux humanités, aux arts, est réduite à une peinture de façade qui très vite se craquèle et laisse apparaitre toutes les failles, comme autant de plaies qu’on ne cherche à soigner. Notre système en souffre et se fracture chaque jour un peu plus. Deux années scolaires, soit 57 points du score obtenu par un français dans l’enquête PISA[4], séparent un élève de milieu défavorisé à celui de milieu favorisé. Mais à y réfléchir de plus près que nous dit PISA ? Souhaitons nous voir une réalité, ou nous bercer de convictions et présupposés ? Par provocation de façade, mais avec un réel questionnement de structure des curricula, cet article souhaite relativiser les données PISA et, surtout, recontextualiser celles-ci.

PISA_2


[2] C. Baudelot et R. Establet (1989), « Le niveau monte. Réfutation d’une vieille idée concernant la prétendue décadence de nos école », Ed. du Seuil, 198 p.

[3]Martha Nussbaum (2010), “Not for Profit, Why Democracy Needs the Humanities”, Princeton & Oxford, Princeton University Press, 2010.178 p.

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