Note ou pas note et pour qui?

8 janvier 2016

Evaluation

Dans une évaluation sans notes, l’idée principale  est de redonner la place au pédagogue, sans que celui-ci ait recours au trop stérilisant langage enseignant de type « 13/20 – A. Bien » ou « 07/20 – Insuffisant ». Effectivement, l’enseignant ne se doit-il pas de questionner son habitus professionnel ? Pour faire bref, ne doit-il pas se soucier de savoir à qui il parle et avec quels mots ? Le code social entraine un code langagier (Bernstein, 2008) et le code langagier des milieux favorisés se rapproche étroitement du code scolaire. Les enfants de familles favorisées s’adaptent plus facilement aux codes scolaires. On a donc une corrélation négative entre code social des familles populaires défavorisées et réussite scolaire (Thin, 2005).

La terminologie enseignante ne parle pas à tous les parents de la même façon. Ceux maitrisant les codes scolaires sont capables de s’adapter à l’explicite, comme à l’implicite scolaire. D’un autre côté, les familles de milieux populaires et surtout celles défavorisées (Thin, 1998), n’ont pas cette compétence, celle qui conduit à la compréhension des codes scolaires. Il y a, à travers ces codes, un explicite qui, à lui seul, demande aux familles populaires défavorisées, beaucoup d’effort de compréhension, d’adaptation et permet aux classes sociales mieux armées de créer la différence en termes de carrières scolaires.

Éduquer (étymologiquement) veut dire conduire, alors le guidage de l’enseignant a toute son importance. Si l’habitus enseignant peut être neutralisé, c’est d’abord et avant tout en redonnant à l’enseignant son plein rôle de « guide et passeur des savoirs ». Or, on ne peut guider, accompagner quelqu’un dans ses apprentissages avec des : c’est bien; assez-bien; 12/20;…et surtout sans un explicite adapté au récepteur. Pour le dire en bref, l’enseignant doit s’assurer que le code scolaire, et donc son langage, ne soit pas, dans la période de la scolarité obligatoire, un moyen de sélection. Nous ne sommes pas entrain de dire qu’il faut appauvrir un langage, ou tirer le « savoir dire » vers le bas ! Il est simplement question d’inviter l’enseignant, quelle que soit sa discipline, à être vigilant, explicite et bienveillant dans le discours tenu. Nous pouvons rendre compte de cela à travers trois cas d’appréciations de bulletins :

1-Trop souvent lu) 07/20 : travail insuffisant. Il faut se réveiller !

2-Ne pas lui dire) 07/20 : tu ne travailles pas et on n’est pas content de toi. Mets-toi au travail !

3-On peut envisager) Incontestablement, Pierre rencontre de grosses difficultés dans ses apprentissages. La première des aides doit venir de ta part, par une réelle motivation et une prise de conscience sur le « pourquoi » de ta présence en cours. Un second temps est celui du travail personnel qu’il te faut intensifier, c’est-à-dire prendre avec sérieux un petit temps de travail scolaire chez toi après les cours. Tu dois, au moins, faire le travail demandé. Enfin, l’équipe met tout en œuvre pour ta progression scolaire, accompagnement d’aide aux devoirs, groupe de méthodologie. Pour réussir le second trimestre, il te suffit d’entendre et accepter l’aide proposée par le conseil de classe, pour ce premier trimestre.

Notons qu’il s’agit là de traits forcés certes, mais bien proches de la réalité. Nous terminerons par trois commentaires : tout d’abord, l’appréciation numéro 3 n’a pas de note. Notons qu’introduire la note n’apporte rien de plus…si ce n’est, peut-être, le sentiment d’un échec préjugé à l’aune d’une mesure très contestable. Ensuite, l’appréciation numéro 3 est beaucoup plus longue, et ce n’est pas un détail. Pensons à l’enseignant qui remplit 150 à 200 bulletins (quand ce n’est pas 500 bulletins ! Exemple des profs d’arts.), il semble important de prendre en compte l’aspect chronophage de l’acte évaluatif. Il s’agit là d’une compétence professionnelle qui doit être revalorisée, prise en considération par l’institution. Enfin, le bulletin trimestriel doit être remis aux familles, non par courrier, mais en présentiel (comme cela se fait dans beaucoup d’établissements). Charge aux équipes de déterminer quelles sont les familles qui auraient besoin d’un accompagnement, pour entendre et comprendre l’appréciation du conseil de classe.

De cette prise de conscience d’un besoin de formation enseignante à l’acte d’évaluer, en passant par une revalorisation dudit acte, car il semble important de prendre en compte l’aspect chronophage de l’acte évaluatif, nous devons revoir l’évaluation non comme un acte de fin des apprentissages, mais bien une continuité dans le guidage que nous apportons à l’élève.

Dominique Moreno (Dumè)

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